Reconnu corrupteur au Togo, Bolloré prépare son adieu africain

Reconnu corrupteur au Togo, Bolloré prépare son adieu africain

Le groupe Bolloré étudie la vente de ses activités logistiques en Afrique, l’un de ses métiers historiques, fruit des premières acquisitions de Vincent Bolloré il y a plus de trente ans. Cette information publiée 15 octobre dernier par le journal français « Le Monde », expliquée par la presse par plusieurs facteurs, intervient quelques mois après que l’industriel français a reconnu avoir contribué financièrement à la communication de président togolais Faure Gnassingbé, alors candidat à la présidentielle en 2010, pour l’obtention, en retour, des avantages dans la concession du port de Lomé.

C’est la première fois que l’industriel français avait reconnu ces faits qui lui sont reprochés depuis quelques années par la justice française. Les juges d’instruction du parquet national financier du Tribunal judiciaire de Paris ont en effet établi que Vincent Bolloré et son groupe ont payé environ 243 millions de FCFA de dépenses de communication au président togolais. Plaidant ainsi coupable, Bolloré et son groupe souhaitaient ainsi s’éviter un procès, mais le tribunal judiciaire de Paris en avait décidé autrement, et avait rejeté les peines demandées par le Parquet financier à l’encontre de l'homme d'affaires. Ainsi, un procès a été demandé, considérant que les faits reprochés avaient gravement porté atteinte à "l’ordre public économique" et à la "souveraineté du Togo".

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Sauf qu'à Lomé, c'est l'omerta. « La position du gouvernement est de ne pas commenter une procédure en cours dans les juridictions d’un pays étranger », avait indiqué le ministre Ayewouadan Akodah, porte-parole du gouvernement togolais.

« C’est une atteinte grave à la souveraineté nationale et un mépris. La justice togolaise doit prendre ses responsabilités. Elle a le pouvoir et le droit de confisquer les propriétés et les biens et de condamner les complices ici au Togo. Elle a l’obligation d’agir à un moment ou à un autre donné », a déclaré pour sa part l’opposant Nicolas Lawson, président du Parti du renouveau et de la rédemption (PRR).

« Si M. Bolloré (Vincent Bolloré) est condamné, ses complices ici doivent payer. C’est un scandale et une insulte », a-t-il ajouté dans une intervention radiophonique le 1er mars dernier.

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Ce démêlé n’est pas le seul à l’actif de l’industriel français en rapport avec ses activités sur le continent africain. En exemple, l’homme d’affaires béninois Samuel Dossou a porté plainte contre lui pour usurpation de son projet de ligne de chemin de fer entre Cotonou et Niamey, et a remporté la bataille judiciaire. Au Burkina Faso, le Français est en conflit avec la société Sopam qui l’accuse pour la livraison d’une turbine que la filiale Saga devait acheminer depuis le port de Saint-Nazaire (France), jusqu’à Ouagadougou. Bolloré a donc été condamné à verser plus de 22 millions d'euros au plaignant.

En rappel, le groupe remportait, en 2010, la concession du terminal à conteneurs du port de Lomé pour une période de 35 ans. Les demandes d’explications des députés de l’opposition en 2016 puis en 2018 à l’endroit du gouvernement au sujet du contrat de concession étaient restées lettre morte.

Cette concession pourrait passer sous coupole du groupe français CMA CGM ou le danois Maersk que consulte la banque d’affaires Morgan Stanley, chargée de sonder des acheteurs pour Bolloré Africa Logistics. L’exploitant portuaire Dubai Ports World et le chinois Cosco Shipping, gestionnaire du port grec du Pirée, pourraient également se mettre sur les rangs, d’après « Le Monde ».


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