Ahmadou Abdoulaye Diallo, directeur général du Fonds de solidarité africain : « Le FSA est une institution solide »

Ahmadou Abdoulaye Diallo, directeur général du Fonds de solidarité africain : « Le FSA est une institution solide »

Le directeur général du Fonds de solidarité africain (FSA), Ahmadou Abdoulaye Diallo, s’est confié à ‘Financial Afrik’ dans un entretien exclusif en marge d’une mission effectuée à Lomé (Togo). L’ancien ministre malien de l’Economie aborde plusieurs sujets dont le FSA lui-même, ses perspectives, et évoque quelques pistes pour faire face à la  crise de la Covid-19 et ses effets en Afrique.


Comment se porte le Fonds de solidarité africain (FSA), plus de 40 après sa mise en place ?

En 46 ans, il est raisonnable et compréhensible qu’une personne ou une institution connaisse des évolutions quelques fois dans le bon sens, et d’autres fois dans le mauvais sens. Et le FSA n’échappe pas à cette règle. En 46 ans, il a eu des hauts et des bas ; mais aujourd’hui, depuis au moins 5 ans, nous pouvons dire que le FSA est sur une phase ascendante parce que d’abord, nos résultats opérationnels sont de plus en plus importants, nos interventions augmentent davantage en volume et en qualité chaque année, et au niveau de tous les pays membres.

Ensuite, les résultats financiers sont également positifs chaque année depuis au moins 6 ans. Nos actionnaires qui sont les États membres aussi nous soutiennent au quotidien et libèrent leurs engagements au titre du capital et du fonds spécial de bonification chaque année. Ce qui fait qu’aujourd’hui, le FSA est une institution financièrement solide. Nous avons fait une relecture de nos instruments financiers pour les affiner afin de les adapter aux besoins du marché. Auparavant, nous n’avions pas la garantie des portefeuilles, mais nous l’avons aujourd’hui. Il en est de même pour la garantie ou la porte-garantie sur le marché du BTP. Avant, nous n’intervenions non plus sur les opérations du commerce extérieur, mais aujourd’hui, nous l’avons. Toutes ces réformes visent à répondre aux besoins du marché.

Enfin, nous avons procédé à la relecture de nos textes fondamentaux tels que les statuts, les règlements financiers, les statuts des personnels, et bien d’autres, de façon à ce que l’institution soit modernisée. Nous avons entièrement revue notre manière de procédure administrative, comptable, financière et opérationnelle aussi de façon à ce que nous ayons de meilleurs standards du point de vue de la gouvernance.

Aujourd’hui, nous recevons régulièrement des missions de nos partenaires en particulier les banques de développement, des agences de notation, de même que de nos propres commissaires aux comptes. Et tous les rapports sont concordants et vont dans la même direction. C’est que le FSA est une institution solide.

Vous bouclez votre second mandat à la tête du Fonds en 2025. Quelles sont vos perspectives d’ici là ?

D’ici 2025, nous souhaitons que les 54 États membres de l’Union africaine (UA) soient membres du Fonds de solidarité africain. Nous sommes déjà au niveau de 3 régions qui sont la CEEAC (Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale), la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest), et le COMESA (Marché commun de l’Afrique orientale et australe). Au niveau de ces 3 régions, il y a des commissions économiques qui sont constituées par les Etats membres. Et nous constatons que sur les 16 Etats de l’Afrique de l’ouest, il n’y a que 8 qui sont membres du FSA. Il reste 8 autres pays qui doivent rentrer, ou qui devront rentrer dans le capital afin que le FSA puisse y travailler. En Afrique centrale, il en est de même au niveau de la CEEAC, et du COMESA en Afrique de l’est. Mais des initiatives sont prises pour que progressivement, les États de ces régions qui ne sont pas encore membres du FSA, puissent rejoindre notre grande famille africaine. C’est seulement après cela que les autres pays des autres parties de l’Afrique vont progressivement adhérer.

Mon ambition pour 2025, c’est donc d’abord qu’une grande partie de ces pays africains soient membres du Fonds de solidarité africain. Ensuite, nous aimerions également que des pays qui ne sont pas africains, soient membres du FSA. Nos statuts ont fait objet de relecture et de réécriture pour permettre cela.  Beaucoup d’autres pays sont en ligne de mire pour qu’au moins un ou deux d’entre eux, d’ici 2025, puissent adhérer. Nous envisageons également l’adhésion au capital des institutions de financement au développement comme la Banque africaine de développement (BAD), et nous y travaillons. Il en est de même pour les agences de coopération multilatérale ou bilatérale comme la KfW en Allemagne, Danida au Danemark, la coopération belge, la coopération hollandaise, etc.

Pour conclure, je dirai que nous voulons qu’en 2025, notre ambition est que l’actionnariat du FSA soit diversifié et la zone géographique des interventions soit étendue à l’échelle africaine.

Quels sont les pays africains qui rejoignent votre institution dans un proche futur ?

La Mauritanie vient de faire sa demande d’entrée, il y a moins de deux semaines. Le Cameroun va bientôt entrer, ainsi que la Guinée et la Guinée Equatoriale. Il y a déjà d’autres pays qui sont pressentis, et je pense que dans peu de temps, la cadence va s’accélérer.  Sur les cinq prochaines années, nous ne serons pas 15, mais au moins le double.

Vous êtes à Lomé depuis environ une semaine. Qu’est-ce qui motive cette mission dans la capitale togolaise ?

Notre déplacement à Lomé constitue un déplacement inaugural. La pandémie de la Covid-19 nous a tous retenus dans nos pays respectifs où nous travaillons, mais la situation sanitaire s’est globalement améliorée aujourd’hui dans le monde entier de façon à ce que nous avons la capacité de voyager tout en nous protégeant individuellement et collectivement. J’ai pris donc la décision de sillonner les différents Etats membres et j’ai voulu commencer par le Togo. Je ne me suis pas trompé parce que la qualité de nos interlocuteurs est telle que ce fut une expérience tout à fait réussie.

Justement, vous avez signé, le 14 juillet 2021 à Lomé avec le Conseil national du patronat du Togo, un accord-cadre de partenariat qui vise à « définir le cadre de collaboration durable » entre vos deux organisations. Quelles sont les grandes lignes de cet accord ?

Elles sont au nombre de 3. Premièrement, c’est la coopération commerciale. Les entreprises qui sont dans les 23 associations professionnelles affiliées au Conseil national de patronat vont être en contact avec les banques respectives, identifier, évaluer et élaborer les études de faisabilité de leurs projets et nous saisir de requêtes d’intervention soit par garantie de quelle forme que ce soit, soit en refinancement. En ce qui concerne l’aspect opérationnel, s’il y a des opportunités nouvelles qui se créent pour certaines entreprises au CNP, nous sommes prêts à les accompagner.

Et sur le volet formation, nous avons convenu de recevoir une cohorte de chefs d’entreprises ou de personnels de soutien du patronat pour des formations successives au FSA à Niamey (Niger, siège de l’institution), de façon à ce que l’ensemble des entreprises au Togo s’approprient les techniques d’intervention du Fonds, et sachent quelles sont les voies de saisie, ou quelles sont les voies par lesquelles il est facile de mobiliser l’intervention du FSA.

Quels peuvent donc être les apports du FSA dans le financement de ces entreprises ?

Le financement de l’entreprise est un très vieux métier que nous connaissons tous. Les entreprises ont besoin en général de 3 grandes catégories de financement.

La première catégorie, c’est l’investissement. Les banques ont des ressources qui, quelques fois, ne peuvent pas financer l’investissement long compte tenu des caractéristiques des ressources dont elles disposent. Mais adossées au FSA, elles peuvent faire beaucoup plus et mieux en ce qui concerne les crédits destinés à l’investissement dans les pays africains en général, et au Togo en particulier.

La deuxième catégorie, c’est la satisfaction du besoin en fonds de roulement. C’est-à-dire que vous avez déjà l’outil productif, mais vous avez besoin de liquidité pour acheter la matière première, la transformer en produit semi fini ou produit fini avant la vente. Des fois même, on vend à crédit. Et le temps que vous ayez les produits de vos ventes, vous avez encore besoin de continuer à produire de façon à ce que vous puissiez honorer vos engagements vis-à-vis de vos clients, et aussi vis-à-vis de vos fournisseurs. Donc là, vous avez besoin de couvrir votre besoin en fonds de roulement. Là encore, le FSA peut accompagner les banques et les établissements financiers dans cette deuxième catégorie de financement.

Mais après ces deux catégories, c’est le crédit de trésorerie sur lequel le FSA n’intervient pas car c’est entre la banque et son client. L’une met une facilité de 15 jours, un mois ou deux à disposition de l’autre, ce qui constitue du financement à court terme. Là, le FSA n’intervient pas. Nous sommes une institution de développement, et nous visons le long et le moyen terme.

Au cours d’un webinaire organisé en janvier 2021 par le gouvernement du Bénin sur la réponse sociale face à la crise de la Covid-19 en Afrique, vous aviez émis plusieurs recommandations. Vous aviez, entre autres, évoqué la nécessité pour les autorités africaines de considérer la crise comme un élément constant dans l’équation de développement, et appelé à reconsidérer aussi la réponse pharmaceutique à la pandémie. La crise n’est-elle pas aussi bien gérée sur le continent ?

L’une des réflexions que j’ai eu à faire est la suivante. En réponse à la pandémie, les Etats d’Asie mineure, dans un contexte inattendu et inopiné, ont essayé de mettre des réponses sur place et parmi ces réponses, beaucoup de pays ont créé des fonds de garantie de façon à ce que les banques continuent à financer les activités économiques. J’avais dit à cette conférence ministérielle que la garantie est un métier tout comme le crédit, et qu’elle ne peut pas s’improviser. C’est un métier très complexe d’autant plus qu’il y a des instruments qui sont déjà là, à l’instar du Fonds de solidarité africain. Et mieux vaut s’appuyer sur ce Fonds pour soutenir des réponses de garantie consécutivement à toutes les initiatives qui sont prises au niveau des différents Etats membres. Il y a des pays qui ont, par exemple, mobilisé 25 milliards de FCFA pour mettre en place des mécanismes de garantie. Au lieu de faire cela, nous avons proposé aux différents Etats membres de renflouer le FSA afin qu’il se consacre à des objectifs particuliers que les gouvernements vont lui assigner. Ça, c’est la première chose.

La deuxième chose, c’est qu’aujourd’hui, tous les pays ont pu constater la nécessité de produire pour des raisons de santé publique, des biens qui vont être consommés. Le masque que vous portez en ce moment est surement fabriqué en Chine ou en Turquie. Mais, qu’est-ce que ça coûte de fabriquer un masque ? Ce n’est rien. Il faut que nous ayons des réponses nationales à la crise de la Covid-19. Le masque et le gel hydro-alcoolique sont des produits qui sont facile à fabriquer. Même les respirateurs, car on dispose des écoles d’ingénieurs, des experts de la santé publique et des scientifiques de renom qui font des recherches. Il faut qu’on nationalise les réponses industrielles en Afrique, dans nos pays. S’il faut attendre un masque de la Chine, honnêtement, cela pose un problème.

Vous aviez également plaidé pour une baisse du niveau de pondération des institutions de garantie.

Exact. En réalité, les institutions monétaires d’une façon générale, et le comité de Bâle en particulier, devraient examiner les ratios qui sont applicables aux banques et aux institutions financières de façon à ce que toutes les interventions des banques et celles des institutions financières adossées à la garantie du Fonds de solidarité africain par exemple, soient pondérées à 0%.

Pourquoi ?

Parce que déjà dans la législation aujourd’hui, si c’est une créance sur l’Etat ou sur une entité publique, la pondération est égale à zéro. Or avec le FSA, ce n’est pas seulement un Etat : c’est 14 Etats aujourd’hui, 15 bientôt ensuite 16, 17, 18, etc. C’est donc une garantie souveraine avec la particularité que c’est du multilatéral. Il serait bon qu’il y ait une révision de la réglementation bancaire pour que dans le processus de la pondération des risques bancaires, tous les risques qui sont adossés à la garantie du FSA puissent être pondérés à 0% tout comme pour les Etats, et d’autant plus que les actionnaires du FSA sont exclusivement des Etats.

Quelle analyse portez-vous sur la politique monétaire régionale de l’UEMOA dont tous les pays sont membres du FSA, et les politiques budgétaires nationales dont vous appelez à une cohérence ?

Cela fait d’ailleurs partie de mes grandes préoccupations. Nous avons une politique monétaire commune au niveau des pays de l’Uemoa, mais nous n’avons pas de politique budgétaire commune. Je pense que c’est une faiblesse qu’il va falloir corriger, à un moment ou un autre.

Par ailleurs, nous nous sommes dotés de convergence multilatérale au niveau de l’Uemoa pour faire en sorte que les économies évoluent dans la même direction. Et parmi ces critères de convergence, il y a des critères de premier ordre et des critères secondaires. Mais si un pays respecte aujourd’hui un critère, et ne le respecte pas l’année prochaine, cela signifie qu’il y a un problème. Si deux ou trois pays satisfont tous les critères, et je dois citer de passage le Togo qui est le meilleur élève de l’UEMOA quant au respect des critères, il faut que cela impacte les économies des autres pays membres. Mais ce n’est pas le cas. C’est parce que le commerce entre les pays de l’Uemoa n’est pas très élevé. Ces 8 pays commercent entre eux à hauteur de 10%, et en général, c’est des pays côtiers vers l’hinterland. C’est dans un sens, pas dans l’autre, ou très faiblement. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont du bétail. Normalement, il ne doit pas y avoir dans les autres pays de l’Uemoa, une viande autre que celle venue des pays du sahel. Mais on peut constater qu’il y a de la viande qui vient d’ailleurs comme de la viande congelée pendant plusieurs mois, alors qu’il y a la viande fraîche du sahel. C’est de là qu’il faut qu’on joue sur la complémentarité de nos économies.

Votre mot de la fin.

J’ai foi en l’avenir de notre continent et dans la vitalité potentielle des instruments d’intégration qui ont été créés par les chefs d’Etat. J’ai également foi dans la vitalité de notre socle économique. J’ai foi dans la qualité, l’inventivité, la créativité et la jeunesse de nos opérateurs. J’ai foi dans le potentiel des populations africaines qui sont jeunes et dynamiques.

Rencontre avec Komi Klassou sur la riposte à la pandémie Covid-19: «Nous ne sommes pas dans du folklore, nous sommes dans l’action »

Rencontre avec Komi Klassou sur la riposte à la pandémie Covid-19: «Nous ne sommes pas dans du folklore, nous sommes dans l’action »

Touché le 6 mars par la pandémie de Coronavirus, le Togo enregistrait mardi 7 avril, 65 cas confirmés dont 23 personnes guéries et 3 décès. Pour faire face à la pandémie, le président Faure Gnassingbé a annoncé dans un discours le 1er avril une série de mesures et décrété l’état d’urgence sanitaire dans le pays. Des mesures que détaille le premier ministre Komi Sélom Klassou, dans cet entretien accordé à 'Financial Afrik'.


Monsieur Klassou, le Togo n’a-t-il pas pris tardivement la mesure de la situation du coronavirus ?

Bien au contraire, le Togo a été en avance sur la situation. Le chef de l’Etat a institué autour de lui, avant même que le premier cas ne soit détecté, dans notre pays, un Comité de crise avec plusieurs ministres et des spécialistes pour étudier les réponses appropriées à donner à la situation qui pointait à l’horizon vu le caractère généralisé qu’a pris cette pandémie. Nous étions début mars. Et il a eu raison d’anticiper puisque deux jours après la première réunion du comité de crise, un cas positif a été déclaré le 5 mars. Nous ne sommes pas dans du folklore, nous sommes dans l’action.

Oui, mais le gouvernement reste très critiqué dans sa gestion de la crise sanitaire…?

Nous ne pouvons pas interdire aux gens de nous critiquer. D’ailleurs, ces critiques lorsqu’elles sont justifiées, nous poussent à mieux faire. Dans ce cas précis, il faut dire que l’idéal aurait été de n’avoir aucun cas au Togo. D’ailleurs, ce serait une pure illusion quand on sait d’une part que nous sommes dans un monde globalisé où la mobilité des hommes est rapide et facile et d’autre part, que le mode de transmission du Covid-19, selon les spécialistes, est interhumain.  Toutefois, nous pouvons concéder aux critiques. Mais attention ! Même si comparaison n’est pas raison, le Togo fait mieux en matière de gestion de la crise sanitaire que beaucoup d’autres pays dans le monde. Nous avons dès le début de la crise, pris des mesures exceptionnelles qui vont de la fermeture des frontières à l’interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes en passant par la fermeture des écoles, instituts de formation, universités, lieux de cultes, etc. Ce sont des mesures courageuses de prévention qui sont prises sous le leadership du chef de l’Etat au moment même où la situation n’était pas alarmante. Nous avons identifié des structures sanitaires pour accueillir les personnes contrôlées positives au Covid-19. Celle de Lomé qui a été réhabilitée très rapidement, soigne, à ce jour, dans des conditions jugées excellentes par certains patients eux-mêmes, toutes les personnes ayant contracté le virus.

A ce sujet, le Togo dispose-t-il à ce jour des capacités techniques pour traiter les malades ?

Tout est mis en œuvre pour que le personnel soignant puisse travailler dans des conditions optimales de sécurité et d’équipements. La santé était déjà inscrite au rang des priorités du nouveau quinquennat du président de la République. C’est pour cela que, prenant la mesure de la situation, il a donné des consignes fermes pour que le plateau technique des hôpitaux à Lomé et à l’intérieur du pays soit relevé. Nous avons commandé des centaines de respirateurs, des scanners et autres équipements lourds pour aider le corps médical à faire face à la situation. Tous les jours, nous recevons du matériel médical de base pour organiser la riposte partout dans le pays. Nous disposons d’un grand nombre de tests rapides et nous allons déployer de surcroît, à l’intérieur du pays, des laboratoires mobiles pour diagnostiquer les éventuels cas. Outre le volet concernant les matériels et équipements, un accent est mis sur le renforcement de capacités opérationnelles du personnel soignant en matière de prise en charge de l’infection au Covid-19. Donc pour répondre à votre question, Oui, le Togo a les capacités pour soigner les malades. D’ailleurs, les chiffres que nous recevons chaque jour montrent un taux encourageant de remissions.

Revenons aux mesures annoncées par le chef de l’Etat le 1er avril. Vos compatriotes se demandent  pourquoi instaurer un couvre-feu si le Togo n’est pas en guerre ?

Le Togo, comme tous les autres pays touchés, est en guerre contre ce que le chef de l’Etat a qualifié «d’ennemi invisible». Et ce n’est pas un euphémisme. Partout dans le monde, les Etats prennent des mesures parfois encore plus restrictives que ce que le Togo a fait. Ce couvre-feu n’a pas été instauré par simple plaisir. Le virus est très contagieux et donc, il est impérieux de rompre, par tous les moyens, la chaîne de transmission au sein de la population. C’est le but ultime du couvre-feu. C’est vous dire que la situation sanitaire appelle à la prise de décisions courageuses et parfois impopulaires. Nous l’assumons. Si nous ne pouvons pas, pour des raisons évidentes, nous permettre de confiner la population chez elle, nous devons néanmoins faire en sorte que tout le monde soit chez lui entre 20h et 06 h du matin. Cette tranche au cours de laquelle des quartiers entiers grouillent de monde peut aussi permettre de sauver énormément de vies.

Mais des images de violences policières sur cette tranche horaire ont circulé sur les réseaux sociaux …?

En tant que journaliste, vous savez mieux que quiconque que nous sommes à l’ère des « fake news »où foisonnent des informations souvent truquées. Alors, quel est le crédit à accorder aux images qui circulent sur les réseaux sociaux ? Cependant, nous avons été informés de certains cas de bavure. Le gouvernement a immédiatement pris des mesures pour que de pareils faits ne se répètent plus. En ces périodes, des individus mal intentionnés profitent pour semer le désordre. C’est donc aussi et surtout pour protéger les populations et leurs biens que la force spéciale anti-pandémie a été créée.

Fallait-il créer une force spéciale à cet effet ?

Pas nécessairement. Mais ce choix a été fait par le chef de l’Etat et par le gouvernement parce que les agents mobilisés dans le cadre des récentes élections organisées au Togo ont accompli leurs missions avec un professionnalisme salué par tous.  Et comme ils ont été formés pour gérer les situations conflictuelles sur le terrain avec beaucoup de tact et d’humanisme, nous avons jugé bon de les mobiliser encore dans cette période où des tensions liées à l’application des mesures de protection prises dans le cadre de la loi (mesures parfois restrictives des libertés publiques et individuelles) peuvent apparaître. Il ne s’agit en aucun cas de militariser la lutte engagée contre le coronavirus comme nous avons pu, malheureusement, l’entendre ici et là.

Le gouvernement a pris des mesures qui s’imposent dans les transports… Mais les mouvements d’humeur des taxi-motos ont semblé imposer une marche arrière forcée. Qu’est en est-il, monsieur le premier ministre ?

Non, nous n’avons pas cédé face à un quelconque mouvement d’humeur. Le président de la République a clairement indiqué dans son adresse à la nation qu’ «aucun Togolais ne sera laissé pour compte». Il a également affirmé qu’il était attentif aux propositions constructives pour sortir de la crise. C’est cela, un dirigeant à l’écoute de sa population. Faut-il le rappeler, la crise sanitaire du coronavirus soulève concomitamment des défis sur le plan économique, social, sécuritaire et j’en passe. Lorsque nous avons pris les mesures interdisant pendant la période de l’état d’urgence l’activité des « Zémidjan », nous avons indiqué que des mesures spécifiques de soutien allaient suivre pour les aider à faire face à la situation. Mais comme ces mesures tardent un peu en raison de la complexité technique de leur mise en œuvre, nous avons décidé de prendre un moratoire de quelques jours avant l’entrée en vigueur de ces nouvelles règles. A la lumière de ce qui vient d’être dit, vous comprenez bien que ce n’est ni l’amateurisme ni du cafouillage. Au contraire, c’est la preuve évidente du sens d’écoute du Chef de l’Etat.

Qu’en est-il du programme de transferts monétaires annoncé par le Président Faure Gnassingbé ?

Ce que je peux vous affirmer, c’est que ce programme est une innovation sociale qui va être déroulée dans une transparence totale grâce aux outils technologiques. Il sera lancé incessamment et permettra aux personnes vulnérables impactées par les restrictions imposées par la lutte contre le COVID-19, d’avoir un minimum vital.

Faut-il s’attendre à d’autres mesures sociales en dehors de celles annoncées le 1er avril ?

Cela dépendra évidemment de la situation sur le terrain. Je le répète, aucun Togolais ne sera laissé pour compte. L’Etat prend déjà en charge les tranches sociales d’eau et d’électricité. En plus, les prix des produits pétroliers ont été revus à la baisse et dans le même temps le gouvernement fait des contrôles inopinés pour que les prix des denrées de première nécessité ne flambent pas sur les marchés. En clair, le Président fera tout ce qui est en son pouvoir pour que cette crise n’ait pas de répercussions désastreuses sur nos concitoyens, surtout les plus vulnérables.

Aussi faut-il rappeler qu’un peu plus d’un millier de prisonniers ont recouvré leur liberté dès le 02 avril, au lendemain du discours du Chef de l’Etat. C’est une mesure salutaire prise pour enrayer la promiscuité qui pourrait être une source de propagation rapide de la maladie en milieu carcéral. D’ailleurs, le président de la République avait déjà instruit le ministère de la justice de faire prendre les mesures d’hygiène nécessaires dans tous les centres de détention du Togo pour éviter une épidémie dans ces lieux. Je vais encore devoir le répéter : « Aucun Togolais n’est laissé pour compte ».

L’économie togolaise va être fortement impactée par la crise, naturellement. Qu’est-ce qui est fait pour les entreprises qui soutiennent la croissance économique de ces dernières années ?

Nous avons initié des rencontres avec les acteurs du secteur privé pour étudier les meilleures attitudes à adopter afin d’apporter des réponses concertées à la situation et éviter un chaos économique. Plusieurs mesures fiscales (allègement et/ou report des charges fiscales, exonération des droits de douanes et taxes sur les produits et équipements entrant dans le traitement du Covid-19, etc.) ont ainsi été prises par le gouvernement pour soulager les entreprises dans ces moments difficiles. Il y a aussi la réflexion au niveau communautaire qui est menée pour trouver des solutions idoines pour sauver les entreprises. Là aussi un travail se fait pour donner une réponse graduée et concertée aux entreprises qui créent des emplois et la richesse dans notre  pays.

M. le Premier ministre, nous sommes déjà en avril et les écoles et universités sont fermées. Peut-on envisager une année blanche au Togo ?

Même si pour le moment nous ne savons pas exactement comment cette crise va se dénouer, nous pouvons affirmer que tout est mis en œuvre pour que l’année ne soit pas blanche au Togo. Justement, nous avons instruit les ministres en charge de l’éducation et de la formation professionnelle à ce sujet. Dans le respect des règles de l’état d’urgence sanitaire, plusieurs pistes sont explorées pour que les activités pédagogiques puissent reprendre, à distance, pourquoi pas via les supports numériques, radiophoniques, etc.

Un dernier mot ?

Face à cette crise sanitaire mondiale, j’en appelle au sens élevé des responsabilités individuelles et collectives de nos compatriotes pour respecter toutes les mesures de prévention et de protection prises par le gouvernement. L’heure est à l’union sacrée et à la solidarité pour qu’ensemble nous puissions vaincre le coronavirus. A la suite du Chef de l’Etat, j’invite toutes les bonnes volontés à accompagner le gouvernement dans cette lutte acharnée contre la propagation du Covid-19 dans notre pays. Nous avons des raisons d’espérer. Je demande à tous nos compatriotes de rester sereins, déterminés et surtout d’éviter la psychose.

Entretien avec Noël Bataka, ministre de l'agriculture du Togo

Dans cet entretien publié le 05 novembre 2019 sur ‘Financial Afrik’, le Ministre de l’agriculture, la production animale et halieutique, Noël Koutéra Bataka, expose les différents outils coordonnées et mises en œuvre pour propulser le secteur agricole, ainsi que les premiers résultats obtenus.

 

Les statistiques sur la distribution du crédit indiquent que l‘agriculture qui occupe pourtant ^plus de 60% de la population active n’hérite que de 0,2% des financements. Comment comptez-vous rehausser ce niveau ?

Le Togo s’est doté depuis juin 2018 d’un instrument dénommé Mécanisme innovant et incitatif de finance agricole fondé sur le partage des risques (MIFA SA). Un million de producteurs devraient être favorablement impactés d’ici 2021 grâce à la stratégie d’agrégation, à travers des mécanismes tels que la structuration et la professionnalisation des chaines de valeur ainsi que l’inclusion financière. C’est l’un des outils du Programme national d’investissement agricole et de sécurité alimentaire et nutritionnelle (PNIASAN) qui s’inscrit dans les projets phares de l’axe 2 du Plan national de développement 2018-2022. Ce mécanisme facilite, entre autres, l’octroi de prêts à taux bonifié aux acteurs des maillons des différentes chaînes de valeurs agricoles.

 

Que retient-on de ce projet à ce jour ?

En terme de résultats, il faut noter qu’entre le 1er août et le 30 septembre 2019, sur un portefeuille d’une valeur de 45 milliards de F CFA soumis par le MIFA SA aux institutions financières partenaires pour le financement des besoins des acteurs de la chaîne de valeur agricole, 3,8 milliards ont été accordés au profit de 52 000 acteurs de la chaîne de valeur agricole dont près de 52 000 producteurs. Au regard des dossiers de financement en cours de traitement, il est attendu pour ce dernier trimestre un financement de l’ordre d’environ 1,2 milliard de F CFA au profit de 8 500 acteurs du secteur agricole impactant 40 000 emplois.

Vous n’êtes pas sans savoir que le Fonds international de développement agricole (FIDA) soutient cette innovation dans l’agrobusiness. Avec le gouvernement togolais, il a initié le Projet d’appui au MIFA (ProMIFA), lancé le 5 juillet dernier. Au total 20,24 milliards de F CFA sont mis à la disposition de tous ces acteurs pour une durée de six (6) ans. Ce projet vise la création de 40 000 emplois directs en milieu rural dont 10 000 auto-emplois, 160 000 membres de coopératives agricoles à accompagner et 100 000 acteurs des chaînes de valeur agricoles à financer dans les filières riz, aviculture, maïs et maraîchage.

 

Quels sont les moyens que vous mettez déjà en œuvre pour atteindre les objectifs définis dans l’axe 2 du PND que vous avez évoqué ?

Le PND a pour objectif la transformation structurelle de l’économie pour une croissance forte, durable, résiliente, inclusive, créatrice d’emplois décents et induisant l’amélioration du bien-être social. Il est élaboré autour de trois axes stratégiques à savoir dont le 2e se concentre sur l’agriculture et l’implantation d’usines de transformation. Le secteur agricole constitue l’épine dorsale avec plusieurs programmes phares dont les principaux piliers sont le projet de transformation agroalimentaire du Togo, la promotion des agropoles et le Mécanisme incitatif de financement agricole fondé sur le partage de risques. L’agriculture elle-même est un secteur clé du tissu économique du Togo. Elle représente 40% du PIB et l’autre atout certain pour la production agricole, c’est que 37% de terres arables sont encore non exploitées.

Le Programme national d’investissement agricole et de sécurité alimentaire (PNIASA), lancé en 2010 par le gouvernement et largement soutenu par les partenaires au développement, a donné des résultats substantiels. Le secteur est en pleine modernisation et les besoins sont énormes en termes d’équipements agricoles et de développement d’une véritable chaine de valeur qui devrait renforcer la valeur ajoutée de l’agriculture. Dans sa politique de développement, le gouvernement met aussi l’accent sur la mise en place de micro- industries de transformation et de conservation de la production locale ainsi que le renforcement des circuits de distributions vers les autres pays de la sous- région et, éventuellement, vers d’autres marchés comme par exemple l’Europe.

Pour le développement et la transformation profonde du secteur agricole et le renforcement de son rôle de moteur de la croissance économique avec une participation plus active des investisseurs privés, le Togo s’est doté d’une nouvelle politique agricole (2016-2030), plus ambitieuse, orientée vers l’accélération de la croissance, la compétitivité, la transformation, la modernisation progressive et plus d’ouverture vers les marchés. Elle est portée par la vision de faire de l’agriculture togolaise, une agriculture moderne, durable et à haute valeur ajoutée au service de la sécurité alimentaire nationale et régionale, d'une économie forte, inclusive, compétitive et génératrice d'emplois décents et stables à l'horizon 2030.

C’est pour l’opérationnalisation de cette nouvelle politique agricole qu’un nouveau Programme National d’Investissement Agricole et de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle est élaboré pour la période 2018-2026. La principale stratégie envisagée repose sur une approche de développement intégré basé sur les « agropoles », avec une meilleure structuration et une meilleure organisation des acteurs autour des chaines de valeurs agricoles porteuses, accompagnés par un ensemble d’instruments de facilitation d’accès aux facteurs de production, de valorisation et d’accès aux marchés. 

La mise en œuvre du PNIASAN est entamée avec des actions visant l’amélioration du climat des affaires, le financement bancaire des chaînes de valeur agricoles et des initiatives pour l’émergence des agro-industries. Il s’agit notamment de la mise en place du MIFA, la mise en œuvre du Projet de transformation agricole dans la région de la Kara,  l’adoption d’un nouveau code d’investissement, l’adoption d’un nouveau code foncier garantissant une sécurisation foncière, la création d’Instituts de Formation Agricole pour le Développement (IFAD) qui sont des centres spécialisés destinés à la formation des acteurs agricoles et ruraux, l’organisation et la structuration de chaînes de valeurs agricoles porteuses, notamment dans les filières maïs, riz, manioc et soja.

Des mesures additionnelles sont en train d’être prises par le gouvernement en faveur des acteurs des différentes chaines de valeur agricoles. Il s’agit de l’adoption en cours de la loi d’orientation agricole permettant de reconnaître le statut de l’agriculteur et fixer de manière consensuelle et solide les bases institutionnelles et de gouvernance de façon à répondre aux exigences relative au foncier, au domaine technico-économique, à l’inclusion et à la protection sociale et le domaine environnemental en lien avec les changements climatiques ; et de la loi portant création d’une bourse des matières premières agricoles en vue de valoriser au mieux les productions agricoles sur la base de prix concurrentiel à offrir aux producteurs.

 

Avant votre nomination au ministère de l'agriculture, vous étiez à la Coordination du MIFA. Où en est le Togo aujourd’hui avec son financement ?

Le MIFA poursuit entre autres objectifs de remédier à la fragmentation des chaînes de valeur agricoles, promouvoir les produits financiers et assuranciels adaptés au secteur agricole, faciliter le partage de risques entre les différents acteurs du secteur agricole, fournir une assistance aux institutions financières, aux PME/PMI et producteurs agricoles et réduire le coût d’emprunt pour les agro-industries. Au regard des résultats atteints lors de la phase pilote, le conseil des ministres du 6 février 2019 a décidé de le transformer en société anonyme, d’où MIFA S.A dont je parlais tantôt, avec un capital de 10 milliards de F CFA réparti comme suit : 49% pour l’Etat togolais et 51 % pour le secteur privé.

Pour financer le mécanisme, il est prévu la constitution d’un panier de fonds de 65 milliards à mettre en placement auprès des institutions financières commerciales pour lever un financement des chaines de valeur agricoles de plus de 650 milliards FCFA sur 10 ans. Ce placement permettra, par effet levier, de négocier une enveloppe de 2 à 5 fois l’an le montant déposé pour le financement des investissements et d’obtenir un taux de rémunération supérieur à celui d’un compte épargne classique en fonction du montant et de la durée du contrat. Pour la constitution de ce capital, le modèle détermine une enveloppe initiale de 5 milliards à mobiliser et placer dans une ou des institutions financières.

Le MIFA SA a élaboré un projet d’appui au MIFA qui est financé à hauteur de 20,24 milliards de francs CFA. Par ailleurs, le MIFA SA a signé le 16 juillet 2019 avec Kalifa Fund, un projet d’appui de 4 000 promoteurs d’entreprises agricoles pour une valeur de 15 millions de dollars soit environ 10 milliards FCFA sur 5 ans.

 

Comment l’agriculture togolaise peut—elle profiter de la zone de libre-échange continentale africaine ?

Le thème de l’intégration continentale est devenu incontournable, et le Togo s’y met et y joue un rôle important. Dans le cadre de la zone de libre-échange, notre pays dispose d’outils adéquats pour en profiter au maximum. Le Togo a, par exemple, un nouveau code des investissements. Ce nouvel instrument cadre avec les objectifs du PND et épouse la volonté du gouvernement de faire du secteur privé le moteur de la croissance économique. Il vient renforcer l’attractivité du pays pour les sièges régionaux d’entreprises internationales par des avantages fiscaux spécifiques et compétitifs, accompagnant le développement de hubs logistiques, tout en permettant un accroissement à court terme des revenus fiscaux de l’Etat par la limitation des avantages accordés.

La nouvelle loi portant code foncier et domanial, ficelée en 736 articles, pose les jalons nécessaires à la modernisation du cadre institutionnel de gestion foncière, lève le voile sur les principes généraux applicables à la propriété et permet ainsi à chacun d'exercer son droit de propriété en toute quiétude. Elle intègre les évolutions socio-économiques et culturelles que connaît le Togo, en corrigeant les incohérences héritées de l’ancien régime foncier. Cette mouture aborde les questions liées à la sécurisation des transactions foncières, la lutte contre la spéculation foncière, l’expropriation.

Les formalités de création des entreprises ont été considérablement allégées en tout point de vue permettant par exemple, de créer son entreprise en moins de sept heures et à moindre coût. Le climat des affaires ainsi amélioré, doublé de la stabilité politique et d'une croissance économique positive chaque année ayant entrainé la création de milliers d'entreprises. Les données sur la création d'entreprises au Togo entre 2010 et 2016 font état de plus de 40 000 nouvelles entreprises créées dans tous les secteurs d'activités à savoir, les services, le commerce et l'industrie. Le Rapport Doing business 2020 confirme cette réalité en reconnaissant le Togo comme premier réformateur du climat des affaires en Afrique et troisième dans le monde.

De même, de par sa position géographique, le Togo se présente comme la porte d’entrée à un vaste marché de près de 360 millions de consommateurs, celui de l’Afrique de l’Ouest. Il est au carrefour des voies terrestres, aériennes et maritimes avec un port qui est le seul en eau profonde de l’Afrique de l’ouest et qui dispose aujourd’hui d’infrastructures modernes pouvant accueillir les navires de dernière génération et qui dessert bon nombre de pays ouest-africains. Ce positionnement géographique particulier, ajouté aux multiples opportunités dont il regorge, fait du Togo une destination de premier choix pour les investisseurs étrangers. Au nombre de ces opportunités figurent en bonne place les secteurs des infrastructures, des mines et énergie, de l’agrobusiness et de l’économie numérique.

C’est dans ce contexte que le gouvernement met l’accent sur la mise en place de micro-industries de transformation et de conservation de la production locale ainsi que le renforcement des circuits de distribution vers les autres pays de la sous-région et, éventuellement, vers d’autres marchés comme l’Europe par exemple.

 

Parlons de la CEDEAO. Comment les agriculteurs togolais vivent-ils la fermeture des frontières du Nigeria avec ses voisins ?

Cette situation n’est pas sans répercussions sur le Togo dont les commerçants qui exportaient leurs produits vers le géant de l’Afrique de l’ouest. Conscient de ce que la fermeture des frontières bénino- nigérianes causerait des préjudices énormes pour les producteurs, le président Faure Gnassingbé a pris des mesures idoines pour l’achat de certains produits agricoles notamment les tomates.

Depuis le début des transactions, l’armée a déjà racheté 1 374 paniers de 35 kg soit un total de 48 tonnes aux producteurs du Bas-Mono. Le ministère de l’agriculture, de la production animale et halieutique en a acheté plus de 14 tonnes.

Cette situation conjoncturelle vient confirmer le choix du gouvernement, conformément à l’axe 2 du PND, dans ses ambitions pour le secteur agricole, à aller vers la transformation des produits agricoles.

 

 

Depuis quelques semaines, vous êtes dans une opération dénommée Téléfood. De quoi s’agit-il ?

Les Etats membres de la FAO ont unanimement retenu depuis 1981, la date du 16 octobre  pour commémorer la Journée Mondiale de l’Alimentation (JMA). La célébration la Journée Mondiale de l’Alimentation de cette année met l’accent sur les régimes alimentaires sains et avec pour slogan: « Agir pour l’avenir, une alimentation saine pour un monde # Faim zéro. »

Pour l’opération Téléfood 2019, nous avons apporté des innovations : mobiliser des ressources pour accompagner un millier d’acteurs jeunes et femmes identifiés dans les communautés démunies ou vulnérables dans la transformation des produits locaux. Cette opération consiste à mobiliser des fonds pour développer dans une approche innovante en mode accéléré, les capacités de 1 000 jeunes et femmes à produire, transformer, créer et gérer leurs entreprises, suivant deux concepts appelés « camp mobile du futur » et « OnMAP » pour un budget de 782 514 900 FCFA. Les deux ont pour objectif principal de créer les conditions nécessaires de promotion de l’entrepreneuriat agricole chez les jeunes togolais, avec des moyens modestes. Chaque jeune sélectionné suit un parcours d’incubation et d’accompagnement à travers des formations techniques, métiers et des formations tertiaires pour une meilleure maîtrise des techniques de création et de gestion d’entreprise. A la fin de chaque session de formation, les cibles valident le processus créatif de la transformation des produits locaux et réalisent sur place leur plan d’affaires tout en lançant les premiers produits sur le marché local.

Les jeunes, résidant en milieu rural et membres de coopératives, sont identifiés par filière. Les équipes techniques du ministère travaillent avec l'Unité Technique Café Cacao (UTCC)  pour identifier ces jeunes et femmes qui sont dans la production, transformation et commercialisation pour promouvoir la chaine de valeur. C’est le moment de lancer un appel aux opérateurs économiques et chefs d’entreprises. Les dons via un compte bancaire ou par virement téléphonique dont nous avons communiqué les numéros permettront à ces jeunes et femmes  de disposer de leur propre entreprise, de créer de l’emplois et d’améliorer leur conditions de vie, tel prôné   dans  l’axe 2 du Plan National de Développement (PND).

 

Un mot de la fin...

Nous avons aujourd’hui au Togo une volonté politique portée par le Chef de l’Etat en personne qui, en plus des réformes qu’il impulse pour l’amélioration et l’attractivité du climat des affaires, va à travers le monde conquérir les meilleurs capitaux pour l’accroissement des investissements privés. Cette volonté politique affirmée, affichée et matérialisée par le Chef de l’Etat, traduite dans chaque secteur, constitue un atout majeur pour attirer, accompagner et maintenir les investisseurs.

Porte d’entrée d’un marché communautaire estimé à environ 360 millions de consommateurs, le Togo dispose d’un potentiel énorme. Il est doté d’une vision assez claire et assortie d’une stratégie en vue de la transformation de son économie. Avec le PND, notre pays joue sur ses atouts naturels et ceci à travers les trois axes : mettre en place un hub logistique d’excellence et un centre d’affaires de premier ordre dans la sous-région; développer des pôles de transformation agricole, manufacturiers et d’industries extractives ; et consolider le développement social et renforcer les mécanismes d’inclusion.

Enfin, innovation et changement de paradigme, un modèle togolais totalement affirmé et affiché, sur lequel le gouvernement veut travailler. Le changement de paradigme dans le secteur agricole passe par le besoin du marché. Aujourd’hui, pour un investisseur, un acheteur qui a besoin de matières premières, nous sommes organisés et capables d’agir pour l’accompagner à travailler sur la production de la spéculation dont il a besoin pour satisfaire son besoin. Par exemple, nous sommes partis de 5 000 à 10 000 tonnes de sésame en un an et nous envisageons de porter la production de cette spéculation à 50 000 tonnes compte tenu de la forte demande. Les investisseurs peuvent donc venir investir, car le Togo devient peu à peu une puissance agricole, industrielle. Pour s’y installer et en tirer les rentes, c’est maintenant ou jamais.

Rencontre avec Patrice Anato, député français d'origine togolaise

Rencontre avec Patrice Anato, député français d'origine togolaise

Député de Seine-Saint Denis à l’Assemblée nationale française, Patrice Anato occupe aussi la fonction de coprésident du groupe d’étude Diplomatie économique avec l’Afrique. Par ailleurs vice-président du groupe d’amitié France – Côte d’Ivoire à l’Assemblée nationale française, il est en Côte d’Ivoire depuis quelques jours dans le cadre d’une mission parlementaire. Dans cet entretien accordé à Financial Afrik, il revient sur cette mission, évoque les relations entre la France et le continent africain, et d’autres sujets brûlants de l’actualité.

Rencontre avec José Symenouh sur la Journée du consommateur d’assurances

La 16e Foire internationale de Lomé a fermé ses portes le 9 décembre dernier sur un bilan plus que satisfaisant. Au rang des innovations de cette édition, une « Journée du Consommateur d’assurances » organisée le  04 décembre par la Fédération togolaise des assureurs conseils (FETAC). Son Président revient dans cette interview* sur les raisons qui ont motivé l’organisation de cet événement, le bilan et les perspectives pour les années à venir.

 

Monsieur le Président, pourquoi avoir choisi le cadre du Centre togolais des expositions et foires pour organiser cette toute première édition de la « Journée du Consommateur d’assurance » ?

 

Nous avons choisi d’organiser cette journée sur le site du centre togolais des expositions et foires (CETEF), pendant la 16e foire internationale de Lomé parce que cet événement fait partie depuis des années du patrimoine de notre pays et draine des milliers de visiteurs venus du Togo et d’ailleurs. Cette année, plus de 300000 personnes y sont d’ailleurs passés. Il fallait donc profiter de cette énorme visibilité pour toucher le plus grand nombre de personnes.

 

Pourquoi avoir associé des organisations de la presse et des consommateurs à cette journée ?

 

Il était effectivement question pour nous de profiter de cette journée pour expliquer au public avec l’aide des médias et des organisations de défense des Consommateurs, le rôle et l’importance de l’assurance, les différents types d’assurance et les distributeurs de produits d’assurance. Je ne vais pas vous rappeler le rôle très important que jouent les médias dans la circulation de l’information dans notre pays. Il était donc très évident de les associer pour que le message aille partout et atteigne le maximum de personnes. L’Association Togolaise de Consommateurs et la Ligue des Consommateurs du Togo sont tous les jours au front pour défendre les millions de Consommateurs que nous sommes. Il fallait aussi les associer pour d’abord recueillir les récriminations des Togolais contre les compagnies d’assurance, et leur expliquer ensuite l’importance de l’assurance et le rôle joué par les courtiers pour simplifier la vie des souscripteurs.

 

Monsieur le Président, quel est le rapport du Consommateur togolais aux produits d’assurances ?

 

Nos concitoyens souscrivent souvent à des produits d’assurance à contrecœur. C’est un constat sans appel.  Ailleurs, souscrire à une assurance vie, automobile, études, maison... est inscrit dans les habitudes même des consommateurs, dès leur plus jeune âge. Au Togo comme un peu partout en Afrique, la situation est peu reluisante. Les primes d’assurances collectées sur le marché africain des assurances en branches Vie et non Vie, ne représentent que 2% de la part mondiale. Pourtant, notre continent abrite plus de 16% de la population mondiale. Il est donc clair qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire pour que l’assurance puisse intégrer les habitudes des populations et des acteurs économiques et ainsi jouer véritablement son rôle de levier de développement économique et social.

 

Quelles sont les raisons de cette méfiance vis-à-vis des produits d’assurance ?

 

Cette méfiance par rapport aux assurances a des causes diverses. Toutes se retrouvent en  un manque d’information des populations sur la nécessité de souscrire aux produits d’assurances. Au-delà des facteurs économiques, notamment le faible pouvoir d’achat des populations, et les facteurs socio-culturels, il est à noter que l’assurance suscite de la méfiance chez les assurés potentiels pour plusieurs raisons.  Les procédures de réparation des dommages sont souvent complexes. Parfois aussi, l’assuré est traité comme un coupable, par des agents dont l’objectif est de collecter plus de prime possible sans rien offrir de concret en retour. Du fait du déficit d’information, les assurés sont convaincus de la mauvaise foi des assureurs, qui à leur tour soupçonnent les assurés de multiplier des stratagèmes pour recevoir des indemnisations sur des sinistres fictifs ou orchestrés.

 

Avez-vous eu le sentiment à l’issue de cette Journée que votre message est bien passé ?

 

Je pense qu’une seule Journée ne pourrait inverser la courbe décrite précédemment. Ma satisfaction a été de voir les autorités, les médias, les associations de défense de consommateurs s’engager véritablement aux côtés de la Fédération Togolaise des Assureurs Conseils (FETAC) pour réussir cette sensibilisation. Les courtiers d’assurances ont un rôle pédagogique à jouer et doivent faire preuve d’une expertise appropriée pour proposer aux assurés des couvertures d’assurance adaptées à leurs besoins, afin de prévenir les désagréments subis en cas de sinistre.  L’œuvre de promotion du secteur des assurances et plus particulièrement de l’activité de courtage d’assurances que nous avons engagée ces dernières années porte lentement mais sûrement ses fruits.  Nous saisirons toutes les opportunités pour faire cette pédagogie et progressivement, l’assurance entrera dans les habitudes de nos concitoyens.

 

 

Faut-il s’attendre à d’autres éditions de la « Journée du Consommateur d’assurance » ?

 

Bien-sûr ! L’idée est que cette manifestation s’inscrive durablement dans les habitudes des Togolais. D’ailleurs nous avions signé une convention tripartite entre la FETAC, le CONAPP, l’ATC et la LCT. C’est un accord qui doit nous permettre de travailler toute l’année et pas seulement pendant la seule Journée du consommateur d’assurance pour sensibiliser, éduquer et rassurer les Togolais. L’assurance est une garantie contre l’imprévisible avec lequel nous composons tous les jours. Les courtiers sont là pour aider les assurés à avoir de meilleures conditions de contrats et à obtenir réparation en cas de sinistre de manière simple, efficace et rapide.

 

*Cet entretien a été publié dans le quotidien togolais Togo Presse.