Mobiliser les capitaux africains pour créer notre propre valeur (Tribune)

Mobiliser les capitaux africains pour créer notre propre valeur (Tribune)

Par Eliane Alangba, Directrice Générale de NSIA Asset Management

La crise du Covid-19 a rappelé au continent africain les conséquences néfastes d’une trop grande dépendance à l’extérieur pour nos économies. Selon la CNUCED, les IDE à destination de l’Afrique ont baissé de 18 %, passant de 46 milliards de dollars en 2019 à 38 milliards de dollars en 2020. Évidemment, les pays les plus exposés sont ceux dépendant de l’exportation des matières premières ou du tourisme, mais l’ensemble des pays africains ont été touchés. Que cela soit par la perturbation des chaînes logistiques et d’approvisionnement ou par les restrictions sanitaires, aucune entreprise n’a été épargnée. Pour la première fois depuis 25 ans, le continent africain devrait connaitre la récession.

Pour autant, cette crise ne remet pas en cause les tendances longues et prometteuses qui se dessinent pour le continent africain. Le dynamisme de la croissance démographique s’accompagne d’un développement d’une véritable classe moyenne dotée d’une forte envie de consommer et dépenser. Depuis plusieurs années, les levées de fonds dans le private equity ou le venture capital sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus importantes. Selon le rapport de Partech Africa, les startups africaines ont réalisé 359 levées de fonds en 2020, soit 44 % de plus que l’année précédente. En 2019, elles battaient même le record africain de volume de financement levé, avec plus de 2 milliards de dollars US. Les ressources naturelles agricoles, bien qu'inégalement réparties sur le continent, pourraient permettre à l'Afrique d'atteindre l'autosuffisance alimentaire et de devenir une véritable puissance agricole.

Avec un potentiel économique incontestable mais encore trop soumise aux fluctuations des investisseurs étrangers et des marchés internationaux, l’Afrique doit prendre son destin en main. Le développement des pays africains passera donc par la mobilisation des capitaux africains et notamment de l’épargne africaine. Dans son rapport « Africa Asset Management 2020 », le cabinet PwC estime que le total des actifs sous gestion dans 12 marchés africains atteindra environ 1 100 milliards de dollars US en 2020, contre un total de 293 milliards de dollars US en 2008. Néanmoins, l’industrie de l’Asset Management reste encore embryonnaire sur le continent, mais promise à une belle croissance dans les années à venir. Aujourd’hui, encore peu de pays africains ont développé des fonds de pension tandis que le taux de pénétration des assurances en Afrique est en pleine croissance même s’il reste encore à un niveau faible. De plus, les particuliers sont aujourd’hui peu nombreux à affecter leur épargne à des produits financiers malgré l’émergence d’une classe moyenne.

Cette manne financière doit être mise au service du développement du continent africain au-delà des obligations d’États garanties, que cela soit pour financer les infrastructures ou dynamiser les marchés financiers africains. Si la perception du risque financier africain est souvent surévaluée à l’étranger, elle n’en est pas moins encore trop importante parfois chez des investisseurs locaux. Un travail de pédagogie et une large campagne de communication doivent être effectués aussi bien auprès des investisseurs institutionnels que des particuliers sur ces alternatives d’investissements, les produits financiers disponibles et leur rentabilité : sociétés d'investissement à capital variable (SICAV), fonds communs de placement (FCP)… Le phénomène d’urbanisation accélérée avec ses corolaires (hausse du niveau d’éducation, développement de services financiers et de produits d’assurance) que connait aujourd’hui le continent africain sont autant de raisons de miser sur un développement fort dans les prochaines années de l’industrie de l’Asset Management.

Il est fréquent d’entendre que l’Afrique est surendettée. Cela est vrai quand on rapporte le niveau d’endettement au niveau de création de richesse. Pourtant, elle reste encore sous-financée aux vues de ses besoins en financements et de son potentiel de croissance. Les institutions publiques comme les acteurs privés du continent ne doivent pas attendre le salut de l’extérieur. Une croissance durable et inclusive passe par la promotion des actifs africains et une gestion proactive de notre épargne. En mobilisant les capitaux africains pour créer de la valeur sur le continent, l’industrie africaine de l’Asset Management peut contribuer à la mise en place d’un cercle vertueux d’un développement de l’Afrique porté par les Africains.


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